3 questions à Agnès Marchand sur sa délégation à la protection de l’enfance

Interview | Février 2020

3 questions à Agnès MARCHAND, vice-présidente déléguée à l’enfance, la famille, le développement social et la santé

Alors que le Département de Meurthe-et-Moselle vient d’être retenu parmi les 30 premiers départements à mettre en œuvre la Stratégie nationale de prévention et de protection de l’enfance 2020-2022, rencontre avec Agnès Marchand, vice-présidente déléguée à l’enfance, la famille, le développement social et la santé

La protection de l’enfance est une mission départementale particulièrement complexe, quel regard portez-vous sur votre rôle de vice-présidente ?

De par notre fonction d’élu.e, notre regard est amené à se porter sur les besoins d’adaptation de nos politiques publiques, sur les dysfonctionnements de l’action publique et leur nécessaire dépassement. Cette mission de veille que nous assurons dans le cadre de la démocratie locale est une des raisons d’être de la fonction élective.

La gestion des difficultés que le Conseil départemental et ses agents rencontrent dans la mise en œuvre complexe de ses compétences en matière de protection de l’enfance constituent d’ailleurs mon quotidien.

Ainsi, de la même manière que nous avons un devoir d’alerte, il nous faut aussi – et c’est, je crois, la noblesse de nos fonctions – accompagner l’exercice de ce devoir par un travail de pédagogie et de mise en perspective sans laquelle notre rôle demeurerait incomplet.

Vous évoquez des difficultés… Les médias locaux se sont fait l’écho de plusieurs événements indésirables (rixe, vol) impliquant des mineurs confiés à l’aide sociale à l’enfance, comment réagissez-vous ?

Je condamne sans équivoque les actes de violences perpétrés par des mineurs confiés au Département et je déplore que certains jeunes commettent des actions répréhensibles. Dans de telles situations, le Conseil départemental agit en lien étroit avec la police et la justice.

Dans le cas où leurs actes seraient pénalement qualifiés, ces adolescents ne devraient plus relever de l’Aide sociale à l’Enfance mais de la Protection Judiciaire de la Jeunesse dont les mesures et les accompagnements sont adaptés.

Mais ces situations marginales ne résument pas la réalité du quotidien de l’action de nos services. La mise en exergue des exceptions peut donner à nos concitoyens le sentiment qu’elles sont la règle et est offensante pour les professionnels du département et ses partenaires en charge de la protection de l’enfance dans toutes ses dimensions.

Sur un plan plus général, il s’avère que nous avons sans doute le tort de ne pas valoriser suffisamment les satisfactions, les petites victoires et les belles réussites que nous engrangeons au fil du temps en protection de l’enfance et je regrette que seuls les événements indésirables soient mis en exergue ; j’y veillerai à l’avenir.

L’accueil des mineurs non accompagnés est-il un sujet de controverse majeur au sein de l’Assemblée départementale ?

Notre majorité départementale défend la mise en œuvre d’un accueil digne et inconditionnel des mineurs non accompagnés en Meurthe-et-Moselle.

La gestion de l’accueil de ces jeunes est un sujet qui anime tant les débats en Meurthe-et-Moselle qu’à l’Assemblée des départements de France – où notre président Mathieu KLEIN y défend une vision humaniste claire, déterminée mais réaliste.

Nous partons d’un principe simple : les mineurs isolés présents sur notre territoire relèvent de la protection de l’enfance, et non de la politique migratoire. C’est pourquoi,notre majorité refuse de mettre en œuvre le fichage des jeunes migrants, un fichage biométrique issu de la loi Asile et Immigration qui autorise la création d’un fichier dit d’appui à l’évaluation de la minorité et qui relève du Ministère de l’Intérieur ; alors que notre demande réitérée est celle d’un répertoire véritablement destiné à la protection de l’enfance.

Avec d’autres départements, avec le défenseur des droits et une vingtaine d’associations telles que UNICEF,Médecins sans frontières, nous partageons cette vision que la lutte contre l’immigration ne doit pas prendre le pas sur la protection des enfants. Sur ce sujet précis, le point de vue de l’opposition départementale diverge du nôtre.

La protection de l’enfance s’ancre dans des valeurs fortes et un droit exigeant. Est-il encore nécessaire de rappeler les textes pour se justifier ?  « Les mesures de protection de l’enfance s’appliquent sans condition de nationalité ».

Par ailleurs, la tentation d’en faire un sujet de controverse politicienne est forte, ce qui est déplacé et ne peut que faire le jeu des extrêmes !